Au Maroc, l’agriculture représente environ 15 % du PIB et emploie près de 46 % de la population active.
Les activités agricoles et agro-industrielles génèrent des quantités importantes de déchets organiques et inorganiques tout au long de la chaîne de production et de transformation.
Les flux de déchets inorganiques constituent un défi environnemental majeur, marqué notamment par une forte dépendance aux plastiques tels que les canalisations, les films de serre, les contenants d’engrais et divers matériaux d’emballage. À cela s’ajoute la présence de résidus chimiques — notamment les engrais, insecticides et herbicides — classés comme substances toxiques et dangereuses. Ces matériaux, non biodégradables, nécessitent des protocoles spécifiques de gestion, de traitement et de valorisation afin de limiter les risques de contamination à long terme des sols et des ressources en eau.
generizon concentre son expertise sur la fraction organique des déchets agricoles.
Au Maroc, les flux de déchets agricoles organiques sont diversifiés et en augmentation continue, en raison de la croissance de la production agricole et des industries agroalimentaires. Bien que certains résidus soient traditionnellement réutilisés en agriculture, une gestion inadéquate peut entraîner une pollution environnementale, des émissions de gaz à effet de serre et une perte de ressources valorisables. À l’inverse, grâce à des stratégies appropriées de traitement et de valorisation, les déchets agricoles et agro-industriels peuvent être transformés en énergie renouvelable et en fertilisants organiques, contribuant ainsi à une économie plus durable et circulaire.
Dans une étude de Bartali intitulée « Identification and characterization of organic waste in Morocco, an important step towards the valorization of waste » (2015), les déchets du secteur agricole au Maroc étaient estimés à environ 55 millions de tonnes par an. La biomasse issue du secteur végétal représentait environ 19 millions de tonnes par an. Toutefois, le secteur de l’élevage constitue la principale source de déchets organiques agricoles, avec une production annuelle estimée à environ 35,7 millions de tonnes de fumier.
La même étude estimait que les déchets agro-industriels représentaient environ 3 millions de tonnes par an.

Nous estimons que la production totale de déchets issus de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire est aujourd’hui nettement plus élevée et continuera d’augmenter à l’horizon 2030 et au-delà.
déchets d’élevage – fumier et lisier.

Les déchets d’élevage constituent une source majeure de déchets agricoles et de pollution. Ils comprennent le fumier, le lisier et la litière produits par les bovins, ovins, caprins et les volailles. Riches en matière organique, ces déchets sont traditionnellement utilisés comme amendements organiques des sols ; toutefois, une gestion inadéquate peut entraîner des émissions significatives de méthane (CH₄) et de protoxyde d’azote (N₂O). Leur traitement par compostage ou par digestion anaérobie permet de réduire ces émissions tout en produisant des fertilisants organiques et, dans le cas de la digestion anaérobie, de l’énergie renouvelable sous forme de biogaz.
résidus de culture.
Les résidus de cultures comprennent la paille, les tiges, les feuilles, les résidus de récolte et les déchets de taille issus des cultures céréalières, maraîchères et arboricoles. Ces déchets sont biodégradables et généralement disponibles de manière saisonnière. Ils présentent en général une faible teneur en humidité (biomasse sèche) par rapport aux déchets d’élevage et peuvent être valorisés par amendement des sols, compostage ou production d’énergie, notamment via des chaudières à biomasse, la granulation (pelletisation), la production de biochar et la gazéification, qui constituent des voies de valorisation avancées. Une part importante de ces résidus est encore brûlée en plein champ ou laissée sur site.
foresterie.
Les déchets forestiers regroupent les résidus issus de la gestion des forêts, de l’exploitation forestière, de la transformation du bois et des opérations d’élagage, tels que les branches, l’écorce, la sciure, les copeaux et les matériaux d’éclaircie. À l’échelle mondiale, ces résidus représentent une ressource biomasse importante pouvant être valorisée pour la production de bioénergie, de biochar, le compostage ou comme matière première pour les industries du bois. Au Maroc, les déchets forestiers sont principalement liés aux opérations d’entretien des forêts, à l’exploitation du chêne-liège et du cèdre, ainsi qu’aux activités de taille dans les forêts naturelles et les zones de reboisement. Bien qu’une partie soit traditionnellement laissée sur place ou utilisée de manière informelle comme bois de chauffage, les résidus forestiers présentent un potentiel significatif pour des projets structurés de valorisation énergétique de la biomasse et une gestion durable des ressources, contribuant ainsi au développement rural et aux efforts d’atténuation du changement climatique.
déchets de l’industrie agroalimentaire.

Les activités agroalimentaires et agro-industrielles génèrent des quantités importantes de flux de déchets solides et liquides tout au long de la chaîne de valeur agricole, de la transformation des fruits et légumes à la production animale et alimentaire. Ces déchets comprennent des sous-produits de transformation tels que la pulpe, le grignon et les drêches ; des effluents liquides tels que les eaux usées, le lactosérum et la vinasse ; des boues issues des traitements biologiques ; ainsi que des résidus de cultures et des déjections animales.
Une grande partie de ces flux de déchets est fortement organique, à teneur élevée en humidité et facilement fermentescible, ce qui les rend particulièrement adaptés à la valorisation énergétique, notamment par digestion anaérobie. Cependant, en l’absence de gestion et de traitement appropriés, ces déchets peuvent entraîner des pollutions des sols, de l’eau et de l’air.
déchets de l’industrie de la viande et de la pêche.

Cette catégorie appartient aux déchets agro-industriels. Elle comprend les déchets issus des abattoirs publics et privés — notamment les graisses, le sang, les abats et le contenu digestif — ainsi que les résidus provenant de la transformation du poisson. Bien que leur forte charge organique et les risques sanitaires associés exigent une gestion stricte, notamment pour éviter les émissions de méthane en décharge, ces matières offrent d’importantes opportunités de valorisation circulaire. En orientant ces flux vers des filières adaptées, ils peuvent être transformés en énergie renouvelable par la production de biogaz ou valorisés en ingrédients à haute valeur ajoutée pour des industries telles que l’alimentation animale.
boues issues du traitement des eaux usées des installations agro-industrielles.
Les boues générées par les stations d’épuration STEP traitant les effluents issus des activités agricoles et agroalimentaires proviennent du traitement des rejets liquides. Ces boues contiennent de la matière organique et des éléments nutritifs, ce qui leur confère un potentiel de valorisation en agriculture comme fertilisants, ainsi qu’en valorisation énergétique, sous réserve du respect des normes sanitaires et environnementales en vigueur.
Dans une installation agro-industrielle, il est primordial de maintenir une séparation stricte entre les flux de déchets alimentaires valorisables et les flux provenant des toilettes ainsi que des produits de nettoyage chimiques.
margines et gringnon d’olive.
Le pressage des olives génère des eaux usées toxiques (margines) ainsi qu’un résidu solide appelé grignons.

Eaux usées des moulins à huile d’olive (margines) :
Les margines sont les effluents issus de l’extraction de l’huile d’olive. Elles sont composées de l’eau naturellement contenue dans les cellules de la drupe d’olive, de l’eau de lavage et de l’eau utilisée au cours des différentes étapes du processus de production. Les moulins à huile les plus modernes (procédé à deux phases) génèrent des quantités plus faibles d’eaux usées.
En raison de leur très forte charge organique ainsi que de leur teneur en phénols et polyphénols, les eaux usées des moulins à huile sont difficilement biodégradables. Leur élimination et leur traitement représentent donc des défis environnementaux importants. Au Maroc, la production annuelle de margines a été estimée à environ 685 000 m³ en 2021. En digestion anaérobie (AD) une partie des margines peut être utilisée en faibles proportions (environ 5 à 12 %).
Résidu solide : les grignons
Le grignon d’olive est un sous-produit majeur de l’industrie oléicole, généré lors du processus d’extraction. Il est composé de résidus solides comprenant la pulpe, les fragments de noyaux et une fraction d’humidité variable selon la méthode d’extraction utilisée (pressage traditionnel ou systèmes continus à deux ou trois phases). En raison de sa forte teneur en matière organique, le grignon représente à la fois un défi environnemental en cas de mauvaise gestion (risques de pollution des eaux de moulin, d’émissions et d’odeurs) et une ressource valorisable dans des filières telles que le compostage, la digestion anaérobie, la dégazification ou la production d’énergie biomasse. Sa valorisation contribue à la réduction des impacts environnementaux et soutient l’intégration des principes de l’économie circulaire dans le secteur oléicole.
Ce secteur couvre plus de 55 % de la superficie arboricole du Maroc (plus d’un million d’hectares de plantations), avec une production moyenne d’huile d’olive d’environ 140 000 tonnes par an.
figues de Barbarie et fiente de poules.
generizon a identifié cette opportunité et l’a étudiée à travers plusieurs études ad hoc menées entre 2016 et 2018. Le concept repose sur la combinaison de deux substrats complémentaires pour la digestion anaérobie afin d’optimiser la stabilité du processus et la production d’énergie.
Au Maroc, le secteur avicole produit environ 535 000 tonnes de viande de poulet, 120 000 tonnes de viande de dinde et près de 6 milliards d’œufs par an. Par conséquent, les lisiers et fumiers de poulets de chair et de poules pondeuses constituent un substrat riche en azote. Toutefois, en raison de leur teneur élevée en azote, ces résidus sont difficiles à traiter seuls en digestion anaérobie et doivent donc être co-digérés avec des substrats végétaux riches en carbone afin d’assurer un rapport C/N équilibré et une production stable de biogaz.
Opuntia ficus-indica (figuier de Barbarie) pousse naturellement dans de nombreuses régions du Maroc. Au-delà du fruit, la biomasse végétale supérieure restante après la récolte représente une ressource importante et encore peu valorisée, pouvant être mobilisée chaque année sur des milliers d’hectares pour la digestion anaérobie. Des projets similaires de co-digestion ont déjà été mis en œuvre avec succès au Mexique et dans le sud des États-Unis, démontrant la faisabilité technique et le potentiel de cette approche.



Opuntia ficus-indica a rencontré d’importantes difficultés au cours des dernières années. Pendant près de huit ans, de vastes plantations à travers le pays ont été fortement touchées par l’infestation de la cochenille, qui a causé des dommages considérables à de nombreuses cultures à l’échelle nationale.
sucre – bagasse – vinasse – éthanol.

La transformation de la canne à sucre génère deux sous-produits majeurs étroitement liés au sein de la même chaîne industrielle : la bagasse et la mélasse. Lors de l’étape initiale de broyage, la canne est pressée pour en extraire le jus, laissant un résidu fibreux solide appelé bagasse. Riche en cellulose, la bagasse est couramment utilisée comme combustible dans des chaudières à biomasse afin de produire de la vapeur et de l’électricité pour l’usine sucrière. Le jus extrait subit ensuite des étapes de clarification, de concentration et de cristallisation pour produire le sucre. Après plusieurs cycles de cristallisation, le sirop résiduel qui ne permet plus l’obtention de cristaux devient la mélasse. Celle-ci contient encore des sucres fermentescibles et est donc utilisée comme substrat pour la production d’éthanol. La fermentation et la distillation de la mélasse produisent de l’éthanol, du CO₂ ainsi que de la vinasse comme sous-produit liquide, laquelle peut ensuite être valorisée par digestion anaérobie pour produire du biogaz. Ce biogaz peut contribuer de manière significative à l’autonomie énergétique de l’entreprise, réduire la dépendance aux sources d’énergie externes et améliorer la durabilité globale ainsi que la circularité du processus industriel.
La vinasse est un effluent liquide à forte charge organique, généré principalement lors des processus de fermentation et de distillation de la mélasse issue de la canne à sucre ou de la betterave sucrière. Pour chaque litre d’éthanol produit, plusieurs litres de vinasse sont générés, caractérisés par une charge organique élevée Demande Chimique en Oxygène (DCO), une acidité importante et une teneur significative en nutriments.
émissions du GES provenant de l’agriculture.
Le secteur agricole représente environ 33 % des émissions mondiales de GES, avec une part encore plus élevée en Afrique. L’élevage et les activités agro-industrielles sont responsables de plus de la moitié des émissions mondiales liées à l’agriculture.
Au Maroc et en Afrique, l’agriculture et l’agro-industrie contribuent aux émissions de GES principalement à travers :
- La fermentation entérique des ruminants,
- La mauvaise gestion du fumier et des lisiers (stockage inadéquat, raclage insuffisant et épandage direct sur les terres),
- L’utilisation d’engrais synthétiques,
- La mise en décharge de déchets organiques humides issus de l’industrie agroalimentaire.
Selon la Quatrième Communication Nationale du Maroc, les émissions totales de méthane (CH₄) s’élèvent à 14,1 MtCO₂e par an, représentant environ 15,5 % des émissions nettes nationales totales de GES. Dans ce total, l’agriculture représente environ les deux tiers (près de 9 MtCO₂e/an), tandis que le secteur des déchets contribue à hauteur d’environ un tiers (environ 5 MtCO₂e/an).
Les émissions de protoxyde d’azote (N₂O), principalement liées à l’utilisation des engrais et à la gestion des lisiers, ont atteint environ 13,1 MtCO₂e en 2018, soit environ 14,4 % des émissions nettes totales. Le secteur agricole a également contribué à environ 4,4 % des émissions totales de CO₂ (environ 2,7 MtCO₂e).
Globalement, la Quatrième Communication Nationale estime les émissions totales du secteur agricole à 24,8 MtCO₂e en 2018.
Cependant, d’autres bases de données présentent des estimations différentes. Selon les données EDGAR de la Banque mondiale pour 2024, les émissions agricoles sont estimées à 8,31 MtCO₂e/an pour le CH₄ (cohérentes avec les données nationales), 3,88 MtCO₂e/an pour le N₂O (inférieures aux estimations nationales) et 0,31 MtCO₂e/an pour le CO₂.
D’après la Banque mondiale, les émissions totales du secteur agricole en 2024 sont estimées à 12,5 MtCO₂e. De même, Our World in Data rapporte environ 8,67 MtCO₂e en 2024, dont la majeure partie est attribuée à l’utilisation des engrais et à la gestion du fumier et des lisiers.
3000 vaches laitières.

L’élevage présente un potentiel important pour la digestion anaérobie et la production de biogaz, dans la mesure où une grande partie des émissions de GES de l’agriculture est liée aux déjections animales. Une gestion efficace et une valorisation du fumier et des lisiers constituent donc un levier clé de réduction des émissions et de production d’énergie renouvelable.
À titre d’exemple, un projet de base peut être envisagé avec 3 000 vaches laitières, éventuellement renforcé par l’ajout de litière de volaille pour améliorer le rendement du substrat.
Hypothèses de calcul (exemple simplifié) :
- Une vache de 650 kg.
- Production moyenne : 52 m³/jour de lisier à 9–10 % de matière sèche.
- 3 000 vaches produisent environ 57 000 tonnes de lisier par an.
- Potentiel de production : environ 1 440 000 m³ de biogaz par an (fonctionnement continu 24h/24, 7j/7, 365j/an).
- Potentiel de méthane : environ 840 000 m³ par an.
- Production électrique potentielle : environ 3 GWh/an.
- Environ 8 220 kWh/jour.
- Soit environ 114 W par vache laitière.
Un tel projet peut-il être rentable ? La réponse dépend des conditions techniques, économiques et locales — et peut être étudiée ensemble afin d’en évaluer la faisabilité et la performance globale.


